Copilot, Gemini, Claude : quand la rédaction du Pèlerin teste l’IA sans lâcher la main

Copilot, Gemini, Claude

La main plonge dans un plat de pâtes. Les doigts sont en trop. Pascal Redoutey, rédacteur graphiste chromiste au Pèlerin, a repéré cette photo générée par l’intelligence artificielle.

L’image aurait pu passer. Elle n’a pas passé.

Ce détail en dit long sur la posture du journal. Depuis le lancement de ChatGPT en 2022, la rédaction mène une veille sur l’IA. Pas de panique.

Pas d’enthousiasme béat. Une observation continue, nourrie en conférence de programmation hebdomadaire.

« L’actu à visage humain » : la ligne de crête

Le Pèlerin s’affiche avec cette ligne éditoriale : « L’actu à visage humain ». Vous sentez la tension ? L’IA menace précisément ce visage.

Comment un journal qui mise sur le regard humain intègre-t-il des outils qui, justement, simulent l’humain ?

La réponse du journal passe par des tests concrets. Pierre Wolf-Mandroux, reporter, a mis trois intelligences artificielles à l’épreuve : Gemini de Google, ChatGPT d’OpenAI, Claude d’Anthropic. Trois noms, trois approches, un même verdict partiel sur leurs défaillances.

Le taux d’erreur « très élevé » d’une IA en campagne

L’expérience la plus révélatrice concerne une enquête de mars sur les élections municipales. Le sujet : le maire d’Igny, dans l’Essonne. Chiffre à retenir : 84,11 % des voix en 2020.

Ce qui fait de lui le 13e maire le mieux élu de France, sur 1 058 communes de plus de 10 000 habitants hors villes à liste unique.

Pierre Wolf-Mandroux qualifie le taux d’erreur de l’IA de « très élevé ». L’outil a halluciné. Inventé des faits.

Mélangé des chiffres. Pour un journal qui vit de la vérification, c’est un point de bascule. On ne confie pas une enquête électorale à une machine qui fabrique des pourcentages.

Jean Talabot, chef du service Web, a mené d’autres tests. Coupe du Monde débutant le 11 juin. Sources à vérifier : une étude Ifop, un article dans Challenges.

L’IA propose, l’humain vérifie. La chaîne de confiance reste manuelle.

Copilot pour tous, mais pas n’importe comment

Le groupe Bayard, propriétaire du Pèlerin, a adopté Copilot pour tous les collaborateurs. C’est un choix d’équipement massif. Pas un choix de remplacement.

Je l’ai souvent vu dans des rédactions : l’outil arrive, l’usage hésite. Le Pèlerin semble tenir cette ambivalence comme méthode.

Le constat que je tire de ces faits : là où ça coince, c’est sur la fiabilité brute, pas sur l’intention. L’IA n’est pas bannie. Elle est testée, encadrée, suspectée.

Le numéro double de décembre 2024, préparé sous cette tension, devait naviguer entre efficacité technique et exigence éditoriale.

80 % de photos maison : le chiffre qui résiste

Un chiffre clôt le débat autrement. 80 % de photos « maison » dans le journal. Pas de banques d’images générées.

Pas de fioritures algorithmiques. Des photographes, des reportages, des doigts réels, pas six sur une main dans un plat.

Ce 80 % n’est pas une posture moralisatrice. C’est un choix de production. L’IA s’invite en coulisse, dans la recherche, la proposition, le premier jet.

Elle ne sort pas sur le papier sans supervision. La main de Pascal Redoutey, qui a détecté l’anomalie, reste le filtre ultime.

Le Pèlerin ne dit pas non à l’IA. Il dit : pas sans nous. Pas sans vérification.

Pas sans ce visage humain que la ligne éditoriale promet aux lecteurs. C’est une position plus exigeante que l’interdit pur et simple. Elle demande du temps, de la méfiance active, du travail en plus.

Vous l’aurez compris : le journal marche avec l’IA, mais ne laisse pas la main. Et c’est peut-être là, dans cette tension tenue, qu’il dessine le mieux ce que pourrait être une presse qui résiste sans renoncer.

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